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Comment on y arrive

Burn-out - Partie 1

Le terreau

Ça remonte à loin. Peut-être même à l’éducation, mais c’est une autre histoire.

Toujours à vouloir bien faire. Faire en sorte qu’on n’ait rien à me reprocher. Ne jamais donner prise à la critique. Comme un réflexe, une protection, un mode de fonctionnement par défaut.

Ajoutez à ça une tendance assez nette au people pleasing, dire oui, faire plaisir, éviter le conflit, et vous obtenez un cocktail plutôt efficace pour s’oublier soi-même.

Dans le monde professionnel, ça se traduit simplement : je n’ai jamais réussi à dire non. À rien. À personne. Je faisais l’extra mile sans qu’on me le demande, avec le sourire et tout en ayant l’impression de ne jamais vraiment être à la hauteur, de ne pas faire assez. Un paradoxe permanent.

Le problème, c’est que ce genre de profil, le monde du travail l’adore. On te confie des responsabilités, tu les prends. On t’en confie d’autres, tu les prends encore, et tu dis merci. Personne ne te force jamais. C’est toi qui tends la main à chaque fois.

L’empilement

D’années en années, d’entreprises en entreprises, j’ai grandi. Pris du galon. Des responsabilités. Techniquement, c’est une belle trajectoire. Sur le papier, tout va bien.

Mais il n’y avait pas que dans le boulot que je m’imposais ça.

Enfants, maison, potager, chien, course à pied. Des cases à cocher. Beaucoup de cases. Comme pour se prouver quelque chose, attraper un idéal, coller à une image. Celle de quelqu’un qui gère, qui assure, qui a une vie bien remplie, réussie et équilibrée.

L’image de la réussite.

Sauf que derrière l’image, ça commençait à craquer.

Les signaux

Les insomnies d’abord. Des réveils à 2h, 3h du matin. Le cerveau qui tourne, qui anticipe la journée du lendemain, les problèmes à résoudre, les mails à envoyer, les réponses à donner.

Les dimanches soir, ensuite. Travailler jusqu’à minuit pour “préparer la semaine”. Se dire que comme ça, le lundi sera plus tranquille. Spoiler : le lundi n’était jamais plus tranquille.

La boule au ventre, le matin, avant de s’y mettre. Cette tension physique, là, entre les omoplates. Devenue tellement familière qu’on finit par l’oublier, enfin plutôt, par ne plus la sentir.

Et puis il y a eu ces trucs plus étranges. Ces souhaits, presque, de tomber malade. De me casser un bras. De choper un truc suffisamment sérieux pour être arrêté. Pour avoir une raison légitime de souffler.

Quand rêver de ton corps qui lâche devient un fantasme libératoire, c’est peut-être qu’il y a un problème quelque part.

Mais je ne voyais rien. Parce que dire que ça n’allait pas, c’était avouer une faiblesse. Risquer de décevoir. De passer pour quelqu’un qui n’est pas au niveau, qui ne réussit pas.

Alors j’ai continué. Comme avant. Encore et encore, en serrant les dents toujours un peu plus fort.

Le lundi matin

C’était un lundi. Un lundi matin comme les autres, en apparence.

Je me suis retrouvé assis par terre, dans ma cuisine, à pleurer. De nerf. De stress. D’épuisement. Je ne sais plus exactement ce qui a déclenché ça. Peut-être rien de particulier, peut-être, juste, la goutte de trop dans ce vase qui débordait déjà depuis longtemps.

C’est là que quelque chose s’est éteint. Pas de grande décision héroïque. Juste cette certitude que continuer n’était plus une option. Que le prix était devenu trop élevé. J’ai contacté mon travail le jour même. Exprimé mon souhait de partir. Ils ont accepté.

On m’a assuré ne pas s’être rendu compte de la situation. Je ne leur en veux pas. Comment auraient-ils pu savoir ? Je faisais tout pour paraître au top. C’était le deal implicite depuis des années : ne rien montrer, ne rien laisser transparaître. Toujours souriant, toujours disponible, toujours “Au top, et toi ?”.

Ce lundi, là, assis par terre dans ma cuisine, j’ai craqué, touché le fond. Et puis je me suis relevé.


La suite, c’est comment on traverse, comment on reconstruit, doucement. Mais ça, c’est pour la prochaine fois 😊.